Avec ses répliques bien senties et ses gags visuels, I Love You Phillip Morris prend des airs de série télé, une belle histoire racontée sans grande ambition. On retiendra des acteurs convaincants, et pas mal de rires.

Présenté, bien avant le festival de Cannes, comme LE film de l’année traitant d’homosexualité, I Love You Phillip Morris est finalement loin des attentes et des promesses. Un gros buzz médiatique que même Jim Carrey, langoureusement allongé sur le plateau du 20 heures de Claire Chazal pour présenter son film, n’a pas réussi à prolonger. Car la vérité tombe dès les premières secondes du film : sous son message novateur et à travers un scénario osé, il ne reste qu’une bonne sitcom, une comédie décalée aux mécanismes un peu rouillés.


Et pourtant, la genèse du film était pleine de promesses : l’histoire d’un détenu, petit escroc, prêt à tout pour rester près de l’homme qu’il aime, quitte à se faire réincarcérer pour pouvoir partager sa cellule avec son cher et tendre. Deux acteurs hors pair, donc (Jim Carrey et Ewan McGregor) pour une comédie qui fait pschitt. Alors les sentiments sont là, entre un Carrey oscillant entre la grimace habituelle et la passion survoltée dans un rôle de folle caricaturale, et McGregor, plus discret, plus posé, concentrant ses émotions sur quelques regards et des sourires tendres. Oui, deux bons acteurs, bien dirigés, idéaux pour cette belle histoire.

Attrape-moi si tu peux



Mais sous ses allures de film militant (pas pour l’homosexualité, répète Jim Carrey pendant la promo, mais simplement pour l’amour à tout prix) I Love You Phillip Morris s’installe rapidement dans un rythme de série télé, gag/émotion/suspens… immédiatement désamorcé par un nouveau gag. Ni la lumière, ni le cadrage, au plus simple, ne viennent présenter une véritable ambition de cinéma. Tout y est prétexte à deux choses : faire rire, tout d’abord, puisqu’il s’agit d’une comédie, et frissonner, un peu, avec une histoire d’amour impossible dans le milieu le plus viril qui soit, une prison américaine.

Pour le rire, certes, on est servi. En entrée, l’humour un brin facile de la caricature, clichés clinquants et chemises Versace qui collent, finalement, au personnage qui les portent, un homo ultra-assumé décidé à vivre sa vie à fond. En plat de résistance, c’est le retour d’un humour plus bateau, gags visuels à gogo, et dialogues ciselés qui s’enchaînent sans répit. On ne remettra donc pas en cause le talent de scénariste ni celui de dialoguiste. Mais on aurait aimé que l’ambition formelle prenne un peu plus de place, pour nous livrer un film qui aurait pu être bien plus qu’une bonne comédie.

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